Le guide (presque) pessimiste du sport 2018 #1

Vous connaissez peut-être le Guide pessimiste 2018 de Bloombergses auteurs ne font pas des prédictions, mais déroulent un scénario de politique-fiction de ce qui nous attendrait cette année si les choses tournaient mal. Nous avons récupéré le concept et pour faire le Guide (presque) pessimiste du sport 2018 Pour ce faire, nous avons demandé à plusieurs personnalités (chef d’entreprise, journaliste, parlementaire, professeur d’université…) de s’y essayer. Notre guide est « presque » pessimiste, car nous leur avons demandé d’imaginer une issue pas si pessimiste…

Nous débutons ce guide avec Yannick Cochennec, rédacteur en chef adjoint de Tennis Magazine de 1997 à 2007, il écrit aujourd’hui chez Slate, L’Equipe Magazine, Golf Magazine et Golf Européen.

Qatar-2022.jpg

Ce 2 septembre 2018, Doha est donc devenue une zone de guerre. En bombardant trois immeubles stratégiques de la capitale qatarie, dont les locaux de la chaîne Al Jazeera, mais sans faire de victimes, les Mirages 2000-9 venus de Dubaï et les F-15S et F-15SA volant depuis Riyad ont aggravé une crise qui n’a cessé d’escalader depuis quelques mois par l’entremise du prince Mohammed ben Zayed al-Nahyane (EAU) et surtout du prince Mohammed ben Salmane (Arabie Saoudite). En effet, le prince saoudien de 32 ans cumule des pouvoirs sans précédent dans l’histoire récente de son pays et il est clair qu’avec ce qui ressemble aux prémices d’une tentative de coup d’état contre le Qatar, il entend profiter de la faiblesse actuelle de l’Iran, l’ennemi juré, miné par une révolte intérieure, pour imposer sa loi dans la région. Depuis juin 2017, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, l’Egypte et le Bahreïn avaient soumis l’état gazier du Qatar à un blocus terrestre et aérien, l’accusant de soutenir des groupes terroristes et d’entretenir des relations avec l’Iran. Mais cette initiative n’avait pas permis d’asphyxier l’économie qatarie qui montrait, toutefois, certains signes de faiblesses depuis plusieurs mois.

Dans ce contexte, la Coupe de monde de football 2022, qui doit se dérouler au Qatar, est de plus en plus incertaine, Mohammed ben Salmane ayant juré, rappelons-le, qu’elle n’aurait pas lieu quitte, disait-il, à bombarder certains stades actuellement en construction. Pour la Ligue 1 de football, qui entendait lancer son appel d’offre TV domestique d’ici à décembre pour la période 2020-2024, la nouvelle de cette attaque est un choc car non seulement l’avenir du PSG est désormais très flou, mais elle menace également celui des chaînes BeINSPORTS, partenaire privilégié de la Ligue 1. Mais elle pourrait aussi simplifier la tâche de la Ligue de football professionnel. La LFP hésitait, semble-t-il, à se laisser tenter par les sirènes d’Amazon qui, après avoir raflé, en mai, une partie plus importante que prévu des droits premium de la Premier League en Grande-Bretagne, se déclarait très intéressée par la Ligue 1.

Cette crise pourrait avoir un mérite : mettre un terme à l’emprise de certains pays sur le football. En étant propriétaire du PSG et de BeINSPORTS, qui diffusait les matches du PSG, le Qatar imposait au football français un conflit d’intérêts évident. La montée en puissance des GAFA dans l’univers du sport était inévitable. La voilà incontournable à l’heure où le monde devient si incertain sur le plan géopolitique et où les télévisions voient leurs audiences chuter spectaculairement. Le renoncement de SFR dans le sport, en janvier, avait prouvé qu’il était de temps de « revenir sur terre ». La crise du Qatar confirme cette nécessité impérieuse. Pour le football, français et international, retour à une économie plus réelle et plus en phase avec ce que doit être le monde de demain.

Laisser un commentaire