« Eux aussi font le sport français… » Grégorie Lartigot, Secrétaire général des Éditions Amphora

Ils sont DG d’institution sportive, expert du sport business, avocat, chasseur de têtes, DG d’association d’élus locaux, lobbyiste, DTN, ou directeur des sports de collectivité territoriale, ils connaissent le sport français, ses enjeux, ses acteurs mais on les entend peu dans les médias. Olbia le blog a souhaité leur donner la parole afin d’en savoir plus sur leur parcours professionnel, leur vision du sport français, les enjeux de leur institution ou de leur entreprise. Nous poursuivons notre série « Eux aussi font le sport français… » avec Grégorie Lartigot, Secrétaire général des Éditions Amphora

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De 2001 à 2006, tu étais à la direction marketing de la Fédération Française de Natation. Que retiens-tu de cette première expérience dans le monde du sport ?

J’en retiens que du bon et suis réellement heureux et fier d’avoir débuté ma carrière dans cette belle institution. J’y ai fait mes « premières armes » avec la chance de tomber dans une très belle période pour la natation française.

À la place qui était la mienne à l’époque, j’ai contribué à refondre l’approche marketing de la fédération, à valoriser et protéger ses droits d’exploitation, à redéfinir ses standards événementiels, à faire venir de nouveaux partenaires dont plusieurs sont encore là dix ans après et poser les bases d’un « esprit » marketing à destination des pratiquants et licenciés qui était quasiment inexistant avant 2001.

J’en retiens également de belles rencontres qui ont forcément façonné mon appréhension des choses et la suite de mon parcours professionnel. Je pense naturellement à Bernard Boullé ou Claude Fauquet par exemple.

Maintenant, disons les choses clairement : travailler dans une fédération sportive n’a rien d’une promenade de santé. Il est nécessaire, notamment, d’être bien préparé, d’accepter le rythme de l’institution, de savoir gérer les différents types d’acteurs en présence et les relations qui en découlent. Il faut également être un amoureux du sport, sous toutes ses formes, et de son développement pour garder le cap et la motivation dans un environnement souvent compliqué.

Ensuite, tu rejoins Amphora, qui se définit comme le leader français du livre de sport et de forme. Tu y restes de 2006 à 2014, en tant que responsable puis directeur marketing et commercial. Cette 1° expérience chez Amphora a dû bien se passer pour que tu décides d’y revenir. Peux-tu nous en parler ?

Je suis entré chez Amphora en 2006 et ai progressé en interne jusqu’à piloter, sur les deux dernières années avant mon départ, la direction marketing et commerciale de la société.

Sur ces huit années, nous avons abattu un formidable travail avec, notamment, une diversification de notre distribution, la réorganisation complète de notre logistique, la refonte de notre stratégie promotionnelle avec, en particulier, une plus grande place accordée au digital, le développement des partenariats avec les fédérations et institutions sportives, le développement de produits co-brandés et la mise en œuvre de notre stratégie dans les ouvrages numériques.

Le chiffre d’affaires de la société a ainsi augmenté de plus de 30 % sur la période et nous avons peu à peu franchi un cap en matière de notoriété et de reconnaissance sur le marché.

Là encore, j’y ai fait de belles rencontres, tant en interne qu’en externe avec notamment de nombreux auteurs, tous experts dans leurs domaines, qui restent la « matière première » essentielle de l’édition.

Donc oui, ces années ont été très riches et passionnantes ce qui explique en grande partie que j’ai accepté le poste de secrétaire général que m’a proposé le propriétaire d’Amphora.

En 2014, tu quittes Amphora pour la Fédération Française de Cyclisme et le poste de directeur de la communication et du développement. Tu as notamment été au cœur du dispositif des mondiaux de cyclisme sur piste organisés à Saint-Quentin-en-Yvelines. C’était une belle expérience ?

Oui ! Une magnifique expérience et un événement extraordinaire pour la FFC, le Vélodrome National et le cyclisme français en général.

La FFC avait naturellement l’ambition d’organiser un Championnat du Monde mais pas forcément aussi tôt, un an seulement après l’ouverture du Vélodrome National de Saint-Quentin-en-Yvelines. David Lappartient, ex-Président de la FFC, a su saisir une belle opportunité et mobiliser toute la fédération pour organiser une candidature et gagner la confiance de l’UCI en seulement deux mois.

L’organisation opérationnelle de l’événement a été rendue possible grâce à l’important travail des équipes de la FFC, pilotées par Arnaud Courtier, directeur des Mondiaux et actuel Directeur général de la FFC et avec l’aide indispensable de la CASQY et de l’équipe de Vélopolis la société qui gère le Vélodrome.

Le travail a été particulièrement intense puisque nous avons livré un événement international de tout premier plan, dans un équipement encore en rodage, en moins de 6 mois.

Pour ma part, j’ai piloté l’équipe en charge de la communication et du marketing de l’événement, en collaboration avec l’agence marketing officielle de la FFC. Nous avons notamment assuré la mise en œuvre du cahier des charges UCI, géré la promotion de l’événement, exploité les possibilités de partenariats, développé une gamme de produits dérivés et monté un site web et les outils digitaux nécessaires à une manifestation de cette importance.

Les résultats ont été à la hauteur du travail effectué avec un Vélodrome rempli pendant cinq jours, de belles retombées économiques et médiatiques, un budget équilibré et, bien naturellement, de magnifiques performances de l’Equipe de France.

Une très belle expérience professionnelle donc.

Tu as donc travaillé pour 2 fédérations olympiques. Quelles différences et quelles similitudes as-tu constaté entre les 2 ?

La FFC et la FFN présentent fondamentalement plus de similitudes que de différences.

Elles concernent tout d’abord deux pratiques dites « de masse », parmi les toutes premières activités sportives pratiquées par les français, avec l’éternelle problématique marketing du grand écart entre le nombre de licenciés et le nombre de pratiquants. Sur ce sujet de la pratique, elles sont également confrontées à une nécessaire adaptation à l’évolution des modes de consommation du sport.

Ensuite, elles rassemblent en leurs seins plusieurs disciplines avec, de fait, des arbitrages nécessaires mais toujours très compliqués à gérer.

Enfin, et bien que des efforts aient été faits, elles doivent encore moderniser leurs managements, poursuivre leurs professionnalisations, davantage s’ouvrir sur l’externe pour attirer de nouvelles compétences et renforcer leurs approches « business » pour diversifier leurs sources de revenus, attirer de nouveaux partenaires et impulser de nouveaux modes de financement.

Depuis 2015, tu es secrétaire général de l’éditeur Amphora. Quel est ton quotidien en tant que SG ?

Je supervise la gestion administrative et financière, coordonne les opérations marketing et commerciales, gère les partenariats et plusieurs projets de développement. Mon quotidien s’organise autour de ces sujets et de l’encadrement de l’équipe, avec beaucoup de relations humaines au regard des spécificités du métier d’éditeur.

Quels sont les enjeux d’Amphora pour les prochaines années ?

Amphora est leader sur son secteur mais depuis quelques temps, nous sommes challengés par une concurrence toujours plus forte. Pour y faire face, nous avons engagé une stratégie ambitieuse autour de quatre principaux enjeux de développement pour les prochaines années.

L’augmentation et la diversification de notre production éditoriale tout d’abord. Il nous faut en effet passer à un rythme régulier de 30 à 40 nouveautés par an afin de coller au développement du sport et répondre aux attentes du marché. Il nous faut également explorer d’autres façons de traiter le sport et nous positionner sur d’autres genres éditoriaux. C’est ce que nous ferons prochainement avec la sortie du livre de Jean-Marc Mormeck puis celui de Claude Fauquet.

La poursuite de la diversification de notre distribution ensuite, avec une vraie vision multi-canal. Cela porte notamment sur le réseau des magasins de sport qui représente une formidable opportunité de faire connaître et proposer nos ouvrages aux sportifs, mais également sur les hypermarchés, l’e-commerce et les Marketplace, les grandes surfaces spécialisées et l’export pour lesquels nos marges de progression sont encore importantes.

Le numérique avec, notamment, le livre numérique et l’impression à la demande (IAD), représente un troisième enjeu pour nous. Sur le premier sujet, le marché est encore très faible, mais en progression, et il nous faut donc passer à la vitesse supérieure dans les prochains mois. Sur le second, le principe général est de pouvoir imprimer en « juste à temps » un livre à l’unité à la demande d’un client. Nous allons nous y mettre courant 2017 et, concrètement, cela nous permettra de conserver sur le marché des ouvrages en fin de vie et de servir en flux tirés tous les clients intéressés.

La diversification d’Amphora, enfin, dans d’autres domaines d’activité, mais toujours dans le sport, à l’image de notre plate-forme pure-training.fr qui propose des équipements sportifs en lien avec nos ouvrages et nos produits pack-training qui rassemblent, dans des coffrets positionnés plutôt « premium » un livre de référence et le petit matériel qui va avec.

L’édition a-t-elle un bel avenir malgré l’avènement des nouvelles technologies ?

Le marché du livre est un marché globalement mature en France. Après une belle progression (+1,8 %) en 2015, les ventes sont restées stables sur 2016.

Il est régulièrement « sous tension » mais fait preuve d’une réelle capacité de résistance et domine très largement un marché des biens culturels en profonde mutation sur les dernières années, sous l’effet du numérique et des nouvelles technologies.

Mais force est de constater que les déclins relativement violents du DVD et du CD n’ont pas été suivis d’un déclin du livre de papier. Le livre est finalement peut-être un « produit à part » pour les français avec un attachement particulier au papier.

Les ventes de livres numériques sont quant à elles en croissance, + 25 % en 2016, mais elles ne représentent que 5/6 % du marché global du livre en France.

Donc, oui, l’édition a encore un très bel avenir devant elle, à condition de toujours s’adapter aux attentes du marché et des français que cela soit en matière de technique, de technologie, de lieux de consommation ou de produits par exemple.

Dans moins d’un mois aura lieu le 1° tour de la Présidentielle . Si tu pouvais poser une question sur le sport aux candidats, ça serait laquelle ?

Sur un plan professionnel, et avec un intérêt relativement évident (sourire), je leur poserais la question de l’absence d’ouvrage scolaire sur le sport, sous l’angle du rôle éducatif du sport auprès des jeunes. Autrement dit, pourquoi le sport est-il l’une des rares matières scolaires à ne pas bénéficier d’un ouvrage pédagogique à l’école, au collège et au lycée ? Au-delà de cet intérêt professionnel, je pense que cela donnerait de l’importance à l’enseignement et permettrait aux élèves d’apprendre, au-delà des règles et des techniques, toutes les composantes de ce formidable levier sociétal. Le sport se vit avant tout en pratiquant mais il peut également se lire avec un objectif de découverte, d’apprentissage et de perfectionnement.

Sur un plan plus personnel, je leur poserais certainement une question sur leur vision de la future place du sport au sein de la société française, avec un axe « loisir, épanouissement/bien-être et sport-santé » plutôt que « performance, compétition et haut niveau ».

 

 

 

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