« Eux aussi font le sport français » : Pierre Debleme, CEO de W Arena

Ils sont DG d’institution sportive, expert du sport business, avocat, chasseur de têtes, DG d’association d’élus locaux, lobbyiste, DTN, ou directeur des sports de collectivité territoriale, ils connaissent le sport français, ses enjeux, ses acteurs mais on les entend peu dans les médias. Olbia le blog a souhaité leur donner la parole afin d’en savoir plus sur leur parcours professionnel, leur vision du sport français, les enjeux de leur institution ou de leur entreprise.

Nous poursuivons notre série « Eux aussi font le sport français… » avec Pierre DEBLEME, CEO de W Arena.

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OLBIA le Blog : Votre parcours professionnel est très orienté « Stade et Aréna ». Vous avez été directeur marketing de Tarkett Sports puis Vice-président en charge des ventes chez Terraplas puis directeur du Business Development chez Colosseo. Aujourd’hui, vous avez monté votre propre société, W Arena. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Pierre Debleme : W Arena est un groupement de partenaires et de solutions à destination première des infrastructures sportives, culturelles et multi-fonctions. Ce pôle de compétence est la résultante de plusieurs années d’observation dans l’univers de l’exploitation de sites, sur ce qui fonctionne à travers le monde, grâce à quel ensemble d’axes d’intervention ( sécurité, connectivité, modularité, surface de jeux…) pour enfin pouvoir définir quel prestataire est le mieux placé pour accompagner les donneurs d’ordres dans leurs projets.

Je me définis en fait comme un apporteur de best practices mais aussi d’idées qui fonctionnent dans le monde du sport et de l’entertainement afin de rapprocher les gestionnaires de stades de tous horizons des habitudes de consommation et de comportement de leur client, des marques sponsors de leurs consommateurs, et de fournir des équipements modernes, durables et rentables à leurs utilisateurs.

Nous venons de gagner avec la société Colosseo EAS l’appel d’offre sur le nouveau Bercy Arena pour la gestion de contenus audiovisuelles, la fabrication et l’installation des écrans LED indoor et outdoor, la fourniture de 450 IPTV, la préparation d’applications smartphones et second screens.

Je pense sincèrement que ces nouvelles technologies disponibles dans d’autres pays et installées prochainement à Bercy pourraient trouver leur place dans la plupart des lieux de vies communautaires à l’échelle de la ville en France. Il existe des solutions plus légères voir meme des modèles d’affaire permettant de louer l’équipement dans un premier temps plutôt que de l’acheter, ce qui facilite l’accès à ces technologies pour tous.

Aussi nous travaillons également avec la société anglaise Movement Strategies aujourd’hui leader sur le marché mondial en gestion des flux de piétons dans les espaces à forte fréquentation. Ils ont oeuvré pour la Ville de Londres lors des J.O 2012 et pourrait nous faire profiter de leur expérience pour l’accueil du public et la fluidité de son parcours lors des événements sportifs internationaux à l’agenda de notre pays à court terme ( Euros Basket 2015 et Football 2016 ) comme à long terme ( candidature aux J.0 2024 ).

Le fait d’avoir été personnellement membre de nombreuses associations comme l’ESSMA ( European Safety and Stadium Managers Association ), l’ESSG ( European Stadium Suppliers Group ) ou ESTO ( European Synthetic Turf Organization ) m’a permis de comprendre une chose essentielle : que le stade ou l’Arena sportive et evenementielle doit se penser avec une approche globale et intégrée où qu’ils se trouvent et que la clé du succès d’un investissement aussi important réside dans sa capacité à se projeter dans l’avenir, voir par étape, et d’anticiper les scenarii de vie opérationnelle à l’intérieur de son enceinte avec des équipements adaptés, complémentaires et bien souvent modulaires.

Enfin, et toujours dans l’optique d’accompagner nos clients dans une utilisation maximale de leur lieu, W Arena représente aussi des solutions qui ont déjà fait leurs preuves dans les sièges et tribunes modulables, points de ventes mobiles, structures gonflables sans oublier mes premières amours que sont les sols sportifs et surtout le gazon et les nouvelles techniques d’installation et de maintenance qui font déjà légion dans d’autres pays comme en Angleterre par exemple.

Nous avons 2 bureaux, l’un à Paris dans le 6ème arrondissement et l’autre à Bruxelles.

Plusieurs rapports parlementaires écrits ces dernières années pointent le manque de salles en France. Qu’en pensez-vous ? Comment l’expliquez-vous ?

Je partage leur point de vue pour dire que le parc actuel n’est pas suffisant pour répondre à la demande ou peut etre plus adapté aux types d’utilisations multiples que nous pouvons en faire.

Cependant il ne suffit pas de penser plus grand et plus cher car souvent le projet restera dans les cartons par manque de financement mais plus configurable, plus fonctionnel avec des équipements mutualisables.

De nombreux projets de nouvelles salles sont néanmoins en cours et il faudra s’assurer qu’un objectif ou une destination soit clairement défini par les responsables et approuvé par l’ensemble des acteurs ou résidents, et qu’un exploitant ( pour les salles multi-fonctions ) soit désigné en amont du projet, dés la phase de design.

Le role de l’exploitant ( pouvant etre la mairie elle-meme si elle se donne les moyens de la faire ) est alors de prendre le relais dés livraison et ce pour plusieurs années avec du contenu correspondant à la salle et à sa jauge avec la capacité d’y apporter des modifications dans le temps.

Vous travaillez avec de nombreuses Arenas à l’étranger. Que vous inspire-t-elles ? Quelles sont les innovations les plus intéressantes ?

Les architectes sont, dans la plupart des pays, mandatés pour donner au projet de construction ou de rénovation une vision moderne et différente de celle du stade de son rival ou de la salle voisine faisant souvent hélas monter la facture finale ( au détriment du choix des équipements fonctionnels dont l’achat se traite à la livraison de l’enceinte voir même après dans certains cas ).

Les constructeurs ont comme tâche de livrer l’infrastructure avec un taux de profit acceptable et je respecte ce point en tant que, moi-meme, chef d’entreprise.

C’est alors aux opérateurs qu’incombe le défi de rentabiliser l’investissement et cela demande de remplir rapidement et de façon pérenne l’agenda de l’Arena, tant sur son terrain de jeu que dans les loges et parties privatives ou de réception.

Pour ceux qui arrivent à ce que ce miracle s’accomplisse rapidement, il est ensuite nécessaire de comprendre que les profils de visiteurs ne sont pas les mêmes d’une date à l’autre, d’un évènement à un autre et donc de s’y adapter et d’adapter son offre ( sécurité, catering, contenus audiovisuels…).

Avec des dates qui s’enchainent et une fréquentation en hausse, quelques règles alors s’appliquent.

J’ai pu par exemple constaté lors de certaines visites que circuler autour et dans un stade, trouver sa place ou aller aux toilettes était encore un parcours du combatant.

Les nouvelles technologies ont ici un role primordial afin d’ameliorer l’experience du spectacteur avant, pendant et après l’événement.

Des applications simples peuvent parfois permettre de résoudre ces problèmatiques, économiser des couts de personnels dans le stade ou mieux permettre au staff de se concentrer sur d’autres aspects de l’accueil comme celui de donner à chacun un sourire.

Les échanges lors de Sport Numericus ont dernièrement bien résumé la situation globale et surtout les enjeux communs de l’Arena moderne :

– Ramener les gens dans les stades
Les stades apparaissent de plus en plus en concurrence avec les options de loisirs de sa ville comme aussi avec la télévision. La difficulté est de réussir à offrir un vrai bénéfice, un avantage absolu au spectateur qui prend la peine de se déplacer dans un stade.

– Générer des revenus supplémentaires
Les organisateurs des grands évènements sportifs ou non sportifs doivent s’interroger sur les services à proposer et sur la manière d’optimiser la monétisation dans un stade.

– Appliquer au monde du sport les nouvelles technologies
Le stade ne peut plus être un endroit déconnecté. Vivre l’expérience en direct et en réel ne signifie pas se couper de toute technologie média numérique, au contraire : le digital a le potentiel pour enrichir l’expérience meme si personne ne peut vraiment prédire comment l’homme intéragi avec la technologie.

– Satisfaire la demande croissante d’expérience enrichie

Aujourd’hui, le spectateur exige plus que le spectacle sportif qui se déroule devant ses yeux. Il aimerait être partout et ne rien manquer : avoir la possibilité d’interagir avec les autres spectateurs, se rapprocher des joueurs, savoir ce que pensent les coachs, obtenir des infos et des statistiques sur le match ou même encore, dans un tout autre registre, savoir si la buvette propose des boissons light. Par contre il ne faut pas non plus que cela retienne trop son attention et « pollue » le moment privilégié qu’il est en train de vivre.

L’horizon de l’Euro 2016 rend l’ensemble de ces réflexions particulièrement prégnantes.

Cela demande néanmoins aux concepteurs de dispositifs d’être prospectifs et de s’interroger sur ce que sera le spectateur de demain. En effet, les technologies progressent plus vite que l’on construit un stade ; il faut donc être capable d’anticiper en amont les innovations pour répondre à des besoins qui n’existent pas encore. C’est ainsi que W Arena s’est associé dernièrement avec Fingal afin de représenter les produits de la marque We:Ex en France.

Wearable Experiments (We:eX) est une start-up New – Yorkaise qui a développé et breveté une technologie déjà éprouvée en Australie, AlertShirt®, permettant aux fans de vivre une rencontre sportive comme s’ils étaient dans la peau des joueurs sur le terrain.

Cette technologie se matérialise par un maillot qui, grâce à une application téléchargée sur un smartphone et connecté via Bluetooth, fait ressentir au supporter les chocs et les émotions des joueurs et ce, par le biais de vibrations. A ce jour, personne n’est jamais allé aussi loin dans l’expérience que peut vivre un supporter, qu’il soit dans le stade ou devant son écran de télévision ou d’ordinateur. AlertShirt® est l’illustration parfaite de cette nouvelle relation 2.0 que les stades, le sport, les clubs et les marques partenaires veulent créer avec leur communauté de fans connectés juqu’à en partager leurs sensations. »

La candidature de Paris aux Jeux de 2024 est lancée. D’après vous, quel devrait-être l’héritage pour le sport français, notamment en terme d’infrastructure sportive ?

Equitablement partagée avec la création en région d’enceintes multi-sports, auxquels on accède facilement, jouant leur rôle d’intégrateur social et donnant envie aux jeunes de pratiquer un sport tout en s’amusant pour les uns et en s’entrainant pour atteindre l’excellence pour les autres.

Pour le reste, l’utilisation des solutions et structures modulaires pendant et pour l’évènement devrait permettre de réduire les couts de ces jeux et permettre ainsi d’éviter des investissements qui n’auront jamais de retour.

Si demain vous étiez nommé ministre des sports, quelle serait votre première mesure ?

Je nommerais un adjoint qui s’y connait en politique.

Plus sérieusement, je reverrais le système de PPP que nous sommes les seuls à appliquer en France et qui dans certains cas (si un consortium ne se charge pas de recruter un opérateur impliqué dans le financement dés le début du projet ) ralenti le processus décisionnel, limite notre approche de l’exploitation au court terme et réduit notre capacité à s’adapter ( rapidement ) aux réalités opérationnelles et à un monde qui bouge.

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