« Eux aussi font le sport français… » Delphine Moulin, manager général des Test Events – Rio 2016

Ils sont lobbyiste, DTN, DG d’institution sportive, avocat, chasseur de têtes, DG d’association d’élus locaux, directeur des sports de collectivité territoriale, ou expert du sport business, ils connaissent le sport français, ses enjeux, ses acteurs mais on les entend peu dans les médias.

Olbia le blog a souhaité leur donner la parole afin d’en savoir plus sur leur parcours professionnel, leur vision du sport français, les enjeux de leur institution ou de leur entreprise.

Nous poursuivons notre série « Eux aussi font le sport français… » avec Delphine Moulin, manager général des Test Events – Rio 2016.

photo Del

Olbia le Blog : Pourriez-vous nous parler de votre riche parcours professionnel ?

Delphine Moulin : Sportive dès le plus jeune âge, ayant pratiqué 3 sports en compétition au niveau national (tennis, volley, golf), je savais pour autant que je ne serai pas une athlète de haut niveau. Mais je voulais cependant travailler dans le domaine du sport, notamment les JO, sans pour autant savoir en quoi cela consistait.

Après un DESS (Master spécialisé) en management des projets logistiques, ayant fait des stages dans l’organisation de compétition de golfs, je n’ai pas réussi à décrocher un job dans ce domaine, mais j’ai été prise à Eurodisney, pour gérer des projets « supply chain », 1ère expérience enrichissante tant par le modèle de gestion que par les multiples domaines d’activités.

J’ai ensuite réussi à intégrer le comité d’organisation des championnats du monde d’athlétisme de Paris en 2003, première et mémorable expérience dans l événementiel sportif, en tant que directrice déléguée à la planification stratégique et opérationnelle, qui m’aura permis de comprendre dans son ensemble l’organisation de tels projets.

A la fin des championnats du monde, j’ai intégré le CIO où je suis restée 5 ans, en charge successivement de la coordination des JO d’hiver, puis des projets spéciaux avec les comités d’organisation et enfin de la préparation opérationnelle, notamment pour les Jeux de Pékin, ce qui m’aura permis de vivre 4 olympiades, d’Athènes à Pékin.

 De 2007 à début 2012, j’ai monté ma structure de Consulting -MLM consulting- dans le management d’événements, tant dans le sport (CIO, Annecy 2018, coupe du monde de rugby, championnats du monde de ski, Vendée globe, JOJ d’Innsbruck, etc…) que dans la culture, domaine qui m’intéresse de plus en plus et dans lequel j’ai suivi un Master spécialisé en VAE en 2011.

 Enfin, ma dernière expérience est celle de Rio où je me suis installée début 2012 pour travailler tout d’abord dans le cabinet du Président du comité d’organisation Rio 2016 et aujourd’hui, je suis charge des événements test. Ce sont 45 événements de niveau international qui permettent de tester les installations et de donner l’opportunité aux athlètes d’en découvrir les spécificités.

OLB : Que retenez-vous de votre passage au CIO ?

 DM : Le CIO a pour rôle de définir les règles et obligations dans le cadre de l’organisation des Jeux, ainsi que d’assister les comités d’organisation dans leur mise en œuvre.

J’en retiens une formidable opportunité de comprendre dans sa globalité l’organisation extrêmement complexe des Jeux Olympiques, la nécessité de prendre en compte les spécificités culturelles, politiques, économiques de chaque pays. Cela m’a également permis de constater que travailler avec des grecs, des chinois, des italiens, des canadiens, et je le voies bien aujourd’hui avec des brésiliens, diverge tant dans la forme que dans les ambitions. 

OLB : Et de la candidature d’Annecy aux JO d’hiver 2018 ?

DM : Une aventure particulière et malheureusement peu articulée. Il n y avait pas eu de réponse claire à la fameuse question : pourquoi la France veut-elle les Jeux, et de ce fait aucun alignement entre les acteurs-clés qui aurait permis d’avoir une vision commune et une ligne de conduite unitaire.

Cependant, les Jeux étaient inscrits dans le plan à long terme de développement de la région et ils proposaient d’en accélérer la mise en œuvre. Le dossier technique était solide.

Mais  nous avons surtout observé, malgré les leçons de Paris 2012, que les activités de lobbying n’ont pas été menées de front et restent un des points majeurs d’amélioration des candidatures françaises.

OLB : Qu’avez-vous pensé de la coupe du monde de football qui s’est déroulée en juin au Brésil, de son organisation, de l’ambiance dans et hors des stades,etc…?

DM : Je pense qu’il faut remettre l’organisation des événements dans leur contexte culturel, social, et économique. Le Brésil est un pays d’Amérique du Sud, avec peu d’expérience dans le domaine de l’organisation de grands événements et des standards demandés par les détenteurs, avec une politique complexe multi-couches.

 Il y eu des retards controversés, certes, une imperfection et parfois des prises de risques dans des domaines qui, nous autres européens, nous paraissent impensables.

Mais au final, ils ont délivrés avec leur capacité à accueillir chaleureusement le monde entier, avec une ambiance magique dont j’ai personnellement pleinement profité.

L’équipe nationale a perdu en effet, les brésiliens ont cependant gagné une confiance dont ils avaient besoin. Ce qui est encourageant pour les Jeux en 2016. 

OLB : Quel est votre rôle exact et quel est votre quotidien au sein du comité d’organisation des JO de RIO 2016, et vont-ils évoluer jusqu’au jour J ?

 DM : En charge des événements tests, je gère la planification et le budget des 45 événements dont le premier -la voile olympique- a eu lieu début aout de cette année, ainsi que de la coordination de la mise en œuvre. 

Mais ceux qui délivrent les événements tests, ce sont ceux qui le feront pour les Jeux, car tout l’intérêt est d’apprendre, de s’entrainer, de travailler avec les partenaires et d’ajuster les plans pour être prêts le jour J.

Nous terminons les tests fin mai 2016 avec l’évaluation finale en juin, et le jour J, j’espère pouvoir être sur le parcours de golf olympique qui fait son retour après 117 ans du programme olympique !

Mon ambition est de contribuer, avec l’expérience que je peux apporter, en apprenant tous les jours encore, et je souhaite vraiment que les brésiliens réussissent, pour eux et pour leur pays.

OLB : Depuis Rio, quel est votre sentiment sur les réflexions menées actuellement en France sur une éventuelle candidature Olympique de Paris ?

DM : Techniquement, je pense que nous avons largement les compétences en France pour  développer un projet qui fait du sens…pour 2028…

Je ne suis pas sûre qu’avant nous aurons le temps de développer le travail de fond nécessaire pour gagner des voix.

J’observe de loin que des groupes de travail s’animent sur des réflexions essentielles, avec un engagement des acteurs du sport international, ce qui est prometteur.

OLB : Si demain vous étiez nommée Ministre des sports, quelle serait votre première mesure ?

DM : Mettre d’accord tous les acteurs autour d’une vision et une voix commune. Certes cela prend du temps et de l’énergie compte tenu des agendas de chacun mais cela me semble essentiel.

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