Non, M. Braillard, le fair play financier n’est pas une « très bonne chose »

L’UEFA est dans son droit et dans son rôle en intervenant et en édictant des règles afin de préserver le football européen des fléaux qui le guette (corruption, dopage, violence, etc.). Toutefois, la voie choisie concernant les dérives financières, le fair-play financier, n’est surement pas la meilleure et surtout pas la plus juste.

Comme tous les autres clubs jouant une coupe européenne, le PSG doit respecter cette nouvelle règle : un club de football ne doit pas dépenser plus d’argent qu’il n’en gagne. Sont exclus du calcul, les « bonnes » dépenses, jugées comme tel par le « pied bien visible » de l’UEFA (par opposition à « la main invisible » du marché d’Adam Smith) : les investissements dans les stades, les installations d’entraînement et le développement de la formation. Avec une instance comme l’UEFA régissant l’univers des NTIC, pas de doute, Facebook et Twitter n’existeraient pas ! N’ont-ils pas dépensé beaucoup, à fonds perdu, en étant valorisés fictivement plusieurs milliards de dollars, avant de trouver un modèle économique rentable ?

Si les objectifs initiaux peuvent sembler louables, qui mieux que le propriétaire-investisseur sait ce dont a besoin son club pour se développer ? Le site Internet de l’UEFA nous dit que « l’objectif du fair-play financier n’est pas de niveler la taille et la richesse des clubs, mais d’encourager ces derniers à bâtir solidement leur réussite future plutôt qu’à chercher en permanence des solutions rapides. » (http://fr.uefa.com/community/news/newsid=2065498.html).

Et si gagner en 5 ans la Ligue des champions comme le souhaitent les dirigeants du PSG était, pour eux, la meilleure façon de « bâtir la réussite future de leur club » ?
Nous ne sommes plus dans les années 60 quand il était possible de prendre son temps pour construire un club solide, comme le Bayern de Munich. Aujourd’hui, les investisseurs, les supporters, les médias, les partenaires veulent ou attendent des résultats sportifs très rapidement dans un environnement complexe.

Gagner ne serait-elle pas la seule chose qui donne du temps à des dirigeants de club pour pouvoir « bâtir solidement leur réussite future » ?

Soit. Le PSG est sanctionné. Et les autres ? Dormez tranquille, Real de Madrid (dont la dette est estimée à 500 M€) et consorts, l’UEFA vous protège des nouveaux entrants. En effet, tant qu’un club ne dépense pas plus d’argent qu’il n’en gagne, il ne court aucun risque, quand bien même il a une dette colossale contractée pendant des années. En effet, cette nouvelle règle s’attaque au déficit mais pas à la dette !
Des articles comme ceux de Bruno Roger-Petit (http://blog.lefigaro.fr/football/bruno_roger-petit/2014/05/fair-play-financier-le-psg-victime-dune-injustice-et-une-aberration-signee-uefa.html) et David Barroux (http://www.lesechos.fr/opinions/edito/0203485867877-exception-culturelle-exception-footballistique-669546.php) expliquent parfaitement comment « l’UEFA punit les investisseurs et protège les gaspilleurs ».

Les puissances dominantes n’aiment généralement pas les nouveaux entrants dynamiques souhaitant renverser l’ordre établi, n’est ce pas M. Niel, PDG de Free, qui a fait économiser 7 Mds€ aux français en 2 ans ? (http://www.huffingtonpost.fr/2014/04/29/pouvoir-dachat-free-mobile-4-operateur_n_5231610.html).

Sommes-nous en train d’assister à la consolidation d’une ligue ouverte à tous, la Ligue des champions, mais dans laquelle certains clubs sont avantagés par rapport à d’autres, qui ne pourront jamais la gagner ? Cela ressemble au renforcement d’un véritable oligopole. Est-ce vraiment éthique, cela respecte-t-il les valeurs du football ? Un véritable fair play financier aurait consisté soit à ne rien faire du tout, chaque club profitant de la même absence de régulation, soit à créer une régulation complète et équitable, prenant notamment en compte l’endettement des clubs et installant l’équivalent de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) à l’échelle européenne. Voilà ce qui aurait été une « très bonne chose ».

Une réflexion sur “Non, M. Braillard, le fair play financier n’est pas une « très bonne chose »

  1. Et bien je suis rassure…
    De loin je pensais « en gros » comme vous mais n’avait pas tous les elements pour analyser, tout en etant surpris que l’on puisse etre valide par la DNCG, en ce qui concerne la France et sanctionne par l’UEFA. Le silence mediatique ou plutot le coeur unanime a soutenir ce « fair-play » m’a fait m’arreter de m’interroger et de creuser plus avant le sujet persuade que je n’avais rien compris!
    Merci Olbia d’avoir reflechi pour moi! 😉
    Plus serieusement cela me fait aussi penser (vu de loin toujours) au silence (gene?) des medias europe apres le recent petage de plomb de notre Platoche national sur le Bresil…
    Michel

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