4 questions sur la pratique sportive en Europe

La Commission européenne a sorti un nouveau Eurobaromètre spécial sur la pratique sportive et l’activité physique des personnes de 15 ans et plus dans l’Union européenne (http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_412_en.pdf). L’enquête a été effectuée en novembre-décembre 2013. Le précédent Eurobaromètre sur la pratique sportive avait été publié en 2009 (http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_334_fr.pdf).

Une description exhaustive de la multitude de données présentées dans l’Eurobaromètre 2014 serait bien trop longue. Nous nous contenterons donc juste de souligner quelques points intéressants concernant les politiques sportives françaises.

 
1- Comment se porte la pratique sportive en France ?

Pas très bien, comme l’a déjà soulignée la synthèse effectuée par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (http://www.strategie.gouv.fr/blog/2014/03/pratique-sportive-des-francais-en-baisse/).

● 43% des Français ont une pratique sportive régulière (au moins une fois par semaine), un taux en baisse assez nette depuis cinq ans (48% en 2009).

● Parmi les pays d’Europe occidentale (ceux constituant l’ancienne Union européenne à 15 membres), la France se classe 12e sur 15, ne devançant que la Grèce, l’Italie et le Portugal.

● La France est largement surclassée par les pays qui occupent la tête du classement : la pratique sportive régulière est de 58% aux Pays-Bas, 66% en Finlande, 68% au Danemark et 70% en Suède. La France est légèrement devancée par le Royaume-Uni (46%), l’Espagne (46%) et l’Allemagne (48%).

● Seulement 16% des Français de 15 ans et plus déclarent adhérer à un club sportif (18% en 2009). C’est bien moins que la Suède (22%), l’Allemagne (24%), le Danemark (25%) ou les Pays-Bas (27%).

 
2- Pourquoi fait-on ou ne fait-on pas du sport ?

Les Français font du sport pour des raisons avant tout individuelles et sérieuses.

● Les deux principales raisons sont : pour améliorer leur santé (55%), pour être en meilleure forme (54%).

● Des raisons plus ludiques ou sociables comme « s’amuser » (23%), « retrouver des amis » (22%) ou « rencontrer de nouvelles personnes » (6%) viennent loin derrière.

● On se rend compte que « s’amuser » est un facteur beaucoup plus important dans les pays sportifs : 56% aux Pays-Bas, 44% en Suède, 42% au Danemark et 40% en Allemagne. Un constat qui peut faire réfléchir en France : à force de parler de sport-santé ou de sport-fitness, n’en oublie-t-on pas de promouvoir le sport dans ce qu’il a de plus simple ?

● Comme dans les autres pays européens, l’obstacle le plus important en France pour faire du sport est le manque de temps (42% des personnes interrogées), qui arrive bien devant le coût de la pratique sportive (10%).

 
3- Faut-il un Ministère des Sports pour faire du sport ?

On attache beaucoup d’importance en France à l’existence d’un ministère des sports, preuve de l’engagement de l’Etat. Même si le lien n’est pas aussi évident (on peut avoir un ministère bien identifié mais dépourvu de moyens suffisants ou politiques efficaces), qu’en est-il des autres pays européens ? L’existence d’un ministère est-il corrélé à une pratique sportive forte ?

Dans les anciens pays-membres de l’Union européenne à 15 :
● 9 pays disposent d’un ministère de plein exercice qui comprend l’intitulé « sports » : Autriche, Espagne, France, Grèce, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède ;
● 6 pays n’en ont pas : Allemagne, Belgique, Danemark, Finlande, Italie et Portugal (cela ne veut pas dire que l’Etat n’a pas de compétence sportive, mais il ne l’affiche pas politiquement et celle-ci ne semble pas être considérée comme un sujet majeur).

Ces 6 pays font-ils moins de sport que les autres ? Oui et Non !

L’Italie (30%) et le Portugal (28%) ont parmi les plus mauvais taux de pratique sportive, l’Allemagne (48%) et la Belgique (48%) se situent à des niveaux très respectables, et le Danemark (68%) et la Finlande (66%) sont parmi les meilleurs d’Europe.

En résumé : l’existence d’un ministère des sports n’indique en rien la capacité d’un pays à mettre ses habitants au sport. Le Danemark et la Finlande, sans ministère, affichent respectivement 25 et 23 points de pratique sportive régulière de plus que la France !

 
4- Les Jeux olympiques et paralympiques augmentent-ils la pratique sportive ?

C’est un des arguments les plus utilisés pour promouvoir une candidature aux Jeux olympiques. Londres 2012 avait ainsi beaucoup communiqué autour du slogan : « Inspirer une génération ».

Que nous disent les deux Eurobaromètres publiés en 2009 (pendant la phase d’organisation des JO 2012) et 2014 (une fois les Jeux passés) ?

Les JO n’ont pas eu d’effet apparent sur la pratique sportive des Britanniques. Le taux de Britanniques faisant régulièrement du sport (46%) n’a en effet pas varié entre 2009 et 2014 malgré les Jeux de Londres.

Ces chiffres sont meilleurs que d’autres pays où la pratique est en baisse (Finlande, France, Irlande par exemple). Mais d’autres pays ont également fait mieux (+4 points de pratique sportive régulière au Danemark, +2 aux Pays-Bas, + 7 en Autriche).

Cela ne veut cependant pas dire que les Jeux olympiques ne peuvent pas avoir un effet stimulant sur la pratique sportive mais que, comme nous l’avons déjà souligné sur le blog, des politiques spécifiques doivent être mises en place parallèlement pour atteindre un tel objectif (http://olbia-leblog.com/2013/11/20/jeux-olympiques-comment-inspirer-une-generation/).

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