Peut-on gagner la bataille contre l’obésité ?

Un rapport de l’Organisation mondiale de la santé a récemment souligné que le taux de surpoids des enfants de 11 ans dépassait désormais les 20% dans une dizaine de pays européens et 30% dans des pays comme l’Irlande, l’Espagne et le Portugal. Une alimentation de plus en plus riches en matières grasses, sel et sucre et une activité physique insuffisante en sont les premières causes. (1)

La France fait partie des pays qui s’en sortent mieux (« seulement » 19% des garçons et 11% des filles de 11 ans sont en surpoids) mais la situation est néanmoins loin d’être idéale.

L’enquête « Doing Good Doing Well » de 2012 soulignait que parmi les Français âgés de 15à 25 ans, un sur cinq est en surpoids ou obèse et que 38% ne pratiquent pas de sport. Plus préoccupant encore : il existe une fracture sociale nette en matière d’obésité. Dans les foyers dont le revenu net mensuel est inférieur à 1 250 €, un jeune sur quatre est en état de surpoids ou obésité contre un sur dix dans les foyers dont le revenu est supérieur à 3 000 €. De même, 44% des jeunes appartenant aux foyers les plus modestes ne pratiquent pas une activité sportive contre 27% dans les plus aisés. (2)

Ces fortes inégalités se retrouvent chez les adultes français (enquête Obépi-Roche de 2012) (3).

Cette situation n’est évidemment pas sans conséquences médicales et financières. L’obésité entraîne l’apparition de pathologies graves (maladies cardiovasculaires, diabète, etc.) et une demande supplémentaire de soins : la facture annuelle est estimée à 3,3 Md€ en France. (4)

Comment les pouvoirs publics réagissent-ils ?

Depuis 2001, les « Plans nationaux nutrition santé » se succèdent. Ils ont donné naissance au fameux « manger bouger », mais restent dans l’essentiel des outils très technocratiques, affichant une multitude d’« axes », « objectifs », « sous-objectifs », « actions », etc., mais peu de priorités claires (pour se faire une idée : http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/PNNS_2011-2015.pdf). De bons résultats ont été obtenus sur les aspects contraignants (fiscalité sur les produits alimentaires peu sains, contrôle de la publicité) et les repas en milieu scolaire. L’impact sur la pratique sportive est beaucoup plus marginal.

Des initiatives voient également le jour au niveau local. C’est le cas du programme « Vivons en forme » de l’association FLVS, qui mobilise depuis 2004 différents acteurs (familles, médecins, établissement scolaires, collectivités, commerçants, etc.) dans le but de modifier durablement les modes de vie (alimentation et activité physique).

D’abord lancé dans 10 municipalités pilotes, « Vivons en forme » est aujourd’hui actif dans 250 villes, qui constituent en quelque sorte l’avant-garde de la lutte contre l’obésité en France. Les résultats sont d’ailleurs encourageants : la prévalence du surpoids et de l’obésité des enfants de 5 à 12 ans a ainsi baissé de 9% dans les villes pilotes entre 2005 et 2009. Avec un gros bémol cependant : cette baisse n’a pas véritablement concerné les zones (et donc les familles) les plus défavorisées. Le taux d’obésité dans les zones d’éducation prioritaire des villes pilotes est en effet resté quasi inchangé.

Peut-on faire mieux, notamment en matière d’inégalités sociales ?

Les Etats-Unis constituent à cet égard une source d’inspiration intéressante. Le très grave problème de l’obésité (un tiers de la population adulte américaine est concernée) a conduit à y renforcer les politiques de prévention ces dernières années (le taux d’obésité des enfants américains de 2 à 5 ans a ainsi diminué : de 13,4% en 2003-2004 à 8,4% en 2011-2012).

Cette nouvelle dynamique est symbolisée par la campagne Let’s Move lancée par Michelle Obama et qui relaie les bonnes pratiques alimentaires et sportives auprès des autorités locales. La First Lady mouille la chemise à travers les Etats-Unis pour convaincre les enfants de pratiquer régulièrement une activité physique et fait feu de tout bois dans sa communication – que ce soit avec son président de mari (http://www.youtube.com/watch?v=Z7Z4rGQi2cQ), les stars des Miami Heat (http://www.youtube.com/watch?v=K-rh41_0WtI) ou Beyonce (http://www.youtube.com/watch?v=mYP4MgxDV2U).

L’importance du sujet ne mériterait-il pas une mobilisation équivalente en France ?

Des expérimentations très ciblées sont par ailleurs conduites à l’échelle locale pour tester de nouvelles politiques, notamment à l’égard des populations les plus défavorisées. Une des plus abouties est celle menée dans le comté de King (Etat de Washington), qui comprend la ville de Seattle et plus de 2 millions d’habitants. Un programme de prévention de l’obésité y cible depuis 2010 les collèges et lycées avec les populations les plus pauvres (qui sont, comme en France, les plus touchées par l’obésité). Il est appuyé par le dispositif fédéral CPPW (Communities Putting Prevention to Work), qui offre notamment un soutien financier.

Ce programme a englobé une série de mesures concernant aussi bien l’alimentation (nouveaux standards pour les repas servis à l’école, cours de cuisine et de nutrition pour les personnels scolaires, travail avec les agriculteurs et commerçant pour rendre plus accessibles les fruits et légumes, etc.) que l’activité physique (achat de matériel, création de clubs de cyclisme dans les établissements scolaires, mise en place de zones piétonnes et cyclables autour de ces établissements, etc.)

Pour quels résultats ? Alors que le taux d’obésité avait été stable entre 2004 et 2010, une baisse importante a été constatée depuis cette dernière date dans les établissements participant au programme : il est passé de 9,5% en 2004 à 7,9% en 2012, soit une diminution de 17%. Dans le même temps, aucun changement n’a eu lieu dans les établissements scolaires ne participant pas au programme. (5)

Des résultats prometteurs donc, qui prouvent qu’il est possible d’agir sur les populations les plus affectées par l’obésité de manière ciblée et dans la période cruciale que constitue l’adolescence.

(1) http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0019/243550/New-WHO-analysis-shows-alarming-rates-of-overweight-children-Fre.pdf

(2) http://www.ipsos.fr/ipsos-public-affairs/actualites/2012-10-11-habitudes-vie-jeunes-exposent-au-surpoids-et-l’obesite

(3) http://www.roche.fr/content/dam/corporate/roche_fr/doc/obepi_2012.pdf

(4) Jean-Luc Saladin, « Les effets de l’activité physique sur les dépenses de santé », Jurisport, juillet-août 2012

(5) http://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/mm6307a4.htm

2 réflexions sur “Peut-on gagner la bataille contre l’obésité ?

  1. Article intéressant. Deux remarques cependant :
    – une erreur sans doute dans l’avant dernier paragraphe :  » il est passé de 9,5% en 2004 à 7,9% en 2012, soit une diminution de 17%  » [le delta 9.5 – 7.9 n’est pas 17 !]
    – l’étude citée en référence [5] précise dans ses conclusions qu’on ne peut pas tirer de conclusions sur le long terme et qu’il ne s’agit dans l’immédiat que d’une observation comportant plusieurs biais et imperfections [« preliminary finding describing a short-term trend »]. Elle appelle d’autre études longitudinales plus poussées.
    Ce qui change un peu la portée du propos …

    Enfin, pas un mot sur le Plan National Sport Santé Bien-Être mené conjointement par le MJSVA et le Ministère de la Santé : oubli ? ou bien n’est-ce de votre point de vue qu’un énième « outil technocratique », pour reprendre votre expression ?

    • Bonjour, merci pour vos remarques et questions ! Voici quelques éléments de réponse :

      – nous avons voulu cibler l’article (pour éviter d’être trop long) sur les dispositifs s’attaquant spécifiquement au problème du surpoids et de l’obésité. Le Plan national sport santé bien-être le traite aussi mais dépasse de beaucoup ce seul sujet. C’était donc bien un choix, non pas un oubli. De manière générale, l’article donne des exemples de politiques conduites ces dernières années, il ne prétend évidemment en aucun cas à l’exhaustivité ;

      – nous sommes avons bien lu la même chose que vous concernant l’expérimentation de King County. Un résultat net sur une période de deux années (les écoles parties prenantes du programme voient leur taux d’obésité chuter, pas les autres) mais qui doit nécessairement être confirmé (comme pour toute expérimentation de ce type). Nous n’allons pas plus loin que ça : le titre de notre article est clairement interrogatif et nous disons que les résultats de King County sont « prometteurs » (toute promesse demande confirmation). Ils n’en restent pas moins intéressants parce que ciblant des catégories de jeunes qui ont besoin d’être mieux prises en compte par les politiques publiques ;

      – le 17% n’est pas le delta entre le deux taux d’obésité mais le pourcentage de baisse entre les deux taux d’obésité. Vous le trouverez sur le site du King County : http://www.kingcounty.gov/healthservices/health/news/2014/14022001.aspx

      Olbia

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