Martin Fourcade, ou l’efficacité d’une gouvernance partagée

Le mouvement sportif revendique de longue date une gouvernance partagée entre les 4 acteurs du sport, à savoir l’Etat, le mouvement sportif, les collectivités locales et les entreprises.

Dans son discours de candidature en 2008 à la présidence du Comité national olympique et sportif français, déjà Denis MASSEGLIA appelait cette réforme de ses vœux. 6 ans plus tard, les choses ont évoluées, mais sans véritable révolution :
-Les relations internationales ont été confiées au mouvement sportif via le Comité français du sport international et son président, Bernard Lapasset.
-Le conseil national du sport dans lequel siègent des représentants des 4 acteurs précités se réunit afin de déterminer les orientations des futures politiques publiques dans le sport.

Ces progrès vers davantage de concertation et de responsabilisation sont notables mais pas suffisants, notamment pour le mouvement sportif comme le rappelle le CNOSF dans son projet pour le sport français adopté en assemblée général le 9 janvier dernier :
http://franceolympique.com/files/File/organisation/cnosf/projet_sport_francais.pdf

Le salut viendra t’il nécessairement d’un « grand soir » ? D’une loi-cadre sur le sport ? Pas forcément. En effet, comme souvent, les choses avancent par le bas, par des initiatives locales, par des acteurs qui se prennent en main, par une prise de conscience.

L’exemple de Martin Fourcade, triple médaillé olympique à Sotchi (en attendant mieux ?) l’illustre à merveille.

Licencié au Club Nordic 66 de Font-Romeu, il s’est construit son incomparable palmarès en s’appuyant sur les moyens et les savoir-faire de partenaires aussi différents que le mouvement sportif avec son club et la fédération française de ski, l’Etat avec l’armée de terre et le Centre national de ski nordique de Prémanon, des collectivités locales comme la région Languedoc-Roussillon et la ville de Font-Romeu, et des entreprises telles que BMW, Somfy, Rossignol, One way ou Julbo.

Regardons d’un peu de plus près ces différents partenaires et leurs intérêts dans cette aventure.

Le club et la fédération sportive, représentant le mouvement sportif, ont évidemment un intérêt à la réussite de leur espoir à devenir un champion : c’est même leur raison de vivre que de faire s’épanouir leurs licenciés et éclore des champions olympiques.

L’armée de Terre, quant à elle, communique sur ces nombreux champions qui garnissent ses rangs, on peut d’ailleurs imaginer qu’un militaire champion olympique provoque des vocations chez nos jeunes compatriotes.

Le centre national de ski nordique et de moyenne montagne de Prémanon est un établissement public dont une des principales missions est de transformer des espoirs tricolores en champions dans des disciplines telles que le biathlon, le ski de fond ou le combine nordique. L’Etat investit dans le sport de haut niveau (à travers les convention d’objectifs des fédérations, la mise à disposition de cadres techniques mais aussi ses établissements publics) parce que, depuis le Général de Gaulle, il considère le rayonnement international de nos sportifs comme une question d’intérêt national mais également parce qu’aucune entreprise n’a vu d’intérêt a ce jour d’investir plusieurs dizaines de millions d’euros dans un centre de ski de moyenne montagne dans le Jura.

Les collectivités locales participent également au projet pour des raisons d’image, de notoriété et peut-être aussi, ceci est davantage vrai pour Font-Romeu, par passion pour un enfant du pays.

Enfin, il y a les entreprises, qui sont plus que des sponsors, comme le confie d’ailleurs Martin Fourcade sur son site internet (http://www.martinfourcade.fr/fr/sponsors). Il est intéressant de souligner qu’il a comme partenaires des marques liées au ski, véritables partenaires techniques, mais également des marques internationales s’appuyant sur l’image de Martin et du Biathlon, notamment BMW. En effet, le biathlon est un sport important chez nos voisins allemands, il n’est qu’à voir le stade plein de Schalke 04, avec 40 000 spectateurs pour une course opposant 20 biathlètes fin décembre dernier !
Bien sur, rien ne serait possible sans le talent, le travail, la discipline et l’abnégation de l’athlète. Néanmoins, ce parcours souligne bien que pour gagner, il convient de le faire en équipe, que tous les acteurs travaillent en cohérence, que chacun fasse parfaitement ce qu’il doit faire et n’empiète sur le travail des autres, et ce, dans un seul but : la réussite du projet, seule issue permettant à chacun d’y trouver son intérêt propre.

Et si les acteurs de la gouvernance du sport français s’inspirer du champion français de biathlon ?

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