Candidatures aux grands événements : le péril jeune !

On se rappelle l’ambition des Jeux olympiques et paralympiques de Londres 2012 : « inspirer une génération », c’est-à-dire utiliser l’extraordinaire dynamique des JO pour accroître l’engagement des jeunes dans le sport et au-delà.

L’inverse est-il possible ? La jeunesse peut-elle « inspirer » l’organisation d’un événement et contribuer à façonner en amont le projet politique, économique, sociétal ou territorial qui le sous-tend ?

Cela n’a en tout cas rien d’évident en France. Très souvent, la préparation d’une grande manifestation (sportive ou non) y est considérée comme une chose bien trop sérieuse pour être confiée, même partiellement, à de jeunes gens.

Quelques exceptions existent cependant. Hors du monde sportif, la démarche de l’association EXPOFRANCE 2025, qui promeut une candidature de Paris à l’organisation de l’Exposition universelle de 2025, mérite notamment d’être mise en avant.

Depuis plusieurs mois, elle a sollicité six grandes écoles et universités françaises pour nourrir son projet. Chacune a travaillé sur des propositions spécifiques (mobilisant au total plus de 400 étudiants) et les a présentées le 23 janvier dernier lors d’une journée de restitution devant un public incluant des élus, des partenaires économiques et institutionnels ainsi que des professionnels des grands événements.

Les résultats furent à tout point de vue remarquables, sur le fond comme sur la forme.

● Le choix de six écoles aux spécialités très différentes a d’abord favorisé une réelle diversité dans l’approche du sujet et le contenu des différentes présentations :
– le CELSA, l’école de communication et de journalisme de Paris-Sorbonne,
– l’Ecole nationale supérieure d’Arts et Métiers Paris Tech (Centre Michel Serres),
– l’Ecole des affaires internationales de Sciences-Po Paris,
– l’Institut de recherche et d’études supérieures du Tourisme et l’UFR Arts plastiques – Beaux arts de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
– l’école de commerce ESCP Europe,
– l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris La Villette.

● Chaque école a fait des choix clairs pour définir sa vision d’une future Exposition universelle à Paris. Les étudiants des Arts et Métiers ont par exemple conçu un projet d’Exposition entièrement centré autour du « génie du corps humain » et de l’excellence française dans ce domaine. Ceux de Panthéon-Sorbonne ont pour leur part organisé leur exposé autour du thème de l’« hospitalité », avec l’ambition d’aller à contre-courant des stéréotypes habituellement accolés aux Français.

● Les présentations ont souvent été innovantes dans les propositions formulées, par exemple au sujet des transports reliant les différents sites de l’Exposition. Plusieurs écoles ont ainsi imaginé des modes de transport en commun complètement intégrés à l’événement, le temps de transport n’étant plus envisagé comme un « temps mort » mais comme un lieu et un moment d’information, d’animation et de rencontres grâce à une utilisation tous azimuts des réseaux sociaux.

● Les étudiants ont également pris soin de présenter des projets se voulant opérationnels et prenant en compte les problématiques concrètes liées à l’organisation d’une Exposition universelle. Comment créer une dynamique positive entre le cœur de Paris (qui attire naturellement les visiteurs) et les zones de développement économique du Grand Paris ? Comment associer les autres métropoles françaises ? Comment impliquer un maximum de Français dans un événement de cette dimension ? Pour répondre à ces questions, différents scénarios ont été proposés (expositions complémentaires entre le centre-ville parisien et le Grand Paris, manifestations décentralisées dans le reste de la France et adaptées à l’identité économique des villes d’accueil, etc.).

● Enfin, le travail des étudiants a été valorisé à son juste niveau par les porteurs du projet de candidature. Jean-Christophe Fromantin, le député-maire de Neuilly-sur-Seine et président de l’association EXPOFRANCE 2025, fut présent pendant toute la journée de restitution. Des représentants des entreprises partenaires étaient également dans l’auditoire tout comme plusieurs personnalités soutenant la candidature (dont Cédric Villani, lauréat de la Médaille Fields, l’équivalent du Prix Nobel en mathématiques).

Pour résumer : l’exercice était périlleux et aurait pu facilement tourner au gadget de communication, mais EXPOFRANCE 2025 a réussi son pari de mettre les forces vives de la jeunesse au service de sa candidature et d’intégrer dans son projet leur vision nécessairement unique de l’avenir de la France.

Le sport français ne manque pas lui non plus de projets ambitieux et de futurs grands événements à organiser. Osera-t-il demander aux jeunes Français de l’y aider ?