Comment défendre ses intérêts : culture 1 – sport 0

Le journal Le Monde a récemment consacré une page entière à la construction de la Philharmonie de Paris. Quel intérêt pour le sport ? Bien plus qu’on ne le pense !

L’article souligne les incroyables dysfonctionnements qui ont plombé ce grand projet culturel depuis sa conception : trois ans de retard pris dans les travaux (avec une ouverture désormais prévue en janvier 2015) et un coût de construction qui a triplé depuis 2007, passant de 118 à 386,5 millions d’euros !

On s’étonne en constatant qu’une salle symphonique de 2 400 places coûtera quasiment aussi cher que le futur stade de Lyon et ses 60 000 places… Puis en découvrant l’ampleur des subventions accordées par l’Etat à un tel équipement :

● au moins 170 millions d’euros pour la construction de la seule Philharmonie, soit plus que le montant de l’engagement total de l’Etat dans les 10 stades de l’Euro 2016 ;

● 41 millions d’euros de subventions annuelles cumulées pour le futur fonctionnement de la Philharmonie de Paris, de la Cité de la Musique (1 500 places) et de l’Orchestre de Paris (qui jouera à la Philharmonie). A titre de comparaison, la subvention de l’Etat au Stade de France (80 000 places), qui a fait tant couler d’encre, s’est élevée à 7,5 millions d’euros en moyenne par an depuis 1998…

La Philharmonie de Paris apparaît à cet égard comme un nouvel exemple de la « préférence culturelle » française qui se fait, notamment, au détriment du sport.

On se rappellera ainsi du plan national de relance de 2009 qui avait accordé 100 millions d’euros pour la restauration des monuments culturels et seulement 10 millions pour la construction d’équipements sportifs de proximité.

Ou encore du lancement du projet du Grand Paris, qui avait fait la part belle au concept de « vallée de la Seine / vallée de la Culture » et avait à l’inverse totalement occulté le sport.

On peut se lamenter sur cette indifférence de l’Etat pour le sport. On peut aussi se demander ce que le mouvement sportif devrait faire pour obtenir un soutien comparable à celui de la culture.

Car s’il existe bien une règle en politique, c’est celle-ci : « Aide-toi et le ciel t’aidera ».

Le monde de la culture l’a bien compris. Il sait se « vendre » comme l’a rappelé la très récente offensive des industries culturelles sous la bannière commune « francecreative.fr ». Pourquoi le sport français ne pourrait-il pas en faire autant afin d’orienter les futures décisions politiques ?

En prenant l’initiative. Plutôt que de simplement réagir aux mauvaises nouvelles (baisse des crédits budgétaires, mesures fiscales pénalisantes, etc.), le sport français pourrait élaborer un plan de développement à moyen terme (sur 10 ans par exemple), identifier les moyens indispensables à la réalisation de ce plan et demander leur sanctuarisation dès aujourd’hui.

En mettant en avant son potentiel de croissance. Les industries culturelles ont publié le 7 novembre une étude mesurant leur impact économique. Le sport pourrait les imiter et même voir plus loin, en mettant en évidence sa capacité à créer de nouveaux emplois (sport pro, sports de nature, sport-santé…), à contribuer à la croissance des territoires (métropoles, zones rurales, de montagne…), à faire émerger de nouveaux domaines d’innovation dans l’industrie et les services, à multiplier les entreprises exportatrices ….

En apprenant à mobiliser ses réseaux d’influence. Les acteurs culturels font appel aux artistes, à leurs mécènes, à leurs anciens ministres, aux élus dont ils sont proches, pour créer le débat et peser sur les décisions. Il n’y a pas de raison que le sport ne le fasse pas lui aussi tout en s’appuyant sur ses millions de licenciés, bénévoles et supporters, qui pourraient être autant de relais pour porter ses messages.

Chiche ?

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