Affaire Fernandez : questions clefs pour le sport pro

Jérôme Fernandez, le capitaine de l’équipe de France de handball, double champion olympique, et joueur (et donc salarié) du club de hand de Toulouse, est parti 10 jours jouer la finale du championnat d’Asie des clubs, avec un club libanais, au Qatar. Pour cette « pige » en pleine saison, le Toulouse Handball recevra du club libanais une somme d’argent non dévoilée (la presse évoque le chiffre de 100 000 €). Son club jouera donc deux matchs de championnat de France sans un de ses meilleurs joueurs (le premier match, contre Aix, a été perdu hier soir 25-22).

L’affaire n’est pas passée inaperçue. « La polémique enfle » titre même L’Equipe aujourd’hui. Sacrifier la logique sportive pour accroître les revenus du club, est-ce pourtant aussi inhabituel que cela ? Sous cette forme (prêt sur deux matches en pleine saison), oui. Mais la démarche est loin d’être neuve dans le sport professionnel.

Dans le handball, à la fin de l’été 2012, l’équipe qatarienne Al-Sadd avait « loué » plusieurs joueurs du Montpellier Handball le temps d’un tournoi. C’était avant le début du championnat français mais les conséquences sur le sportif n’étaient pas inexistantes (risques de blessure en jouant pour un autre club, préparation du championnat perturbée).
En rugby, Jérôme Fernandez, dans une interview à L’Equipe le 15 novembre, a justement relevé que le Stade toulousain et le Racing Métro sont allés jouer un match d’exhibition à Hong Kong en pleine saison du Top 14 (le 9 novembre).
En football, on se rappelle du récent clash entre l’entraîneur de Lorient, Christian Gourcuff, et son président, Loïc Ferry, après que celui-ci ait vendu Mario Lemina à l’OM dans les dernières heures du Mercato. « Un club n’est pas qu’une entreprise financière. » avait dit Gourcuff. « Le transfert de Mario Lemina était nécessaire pour assurer l’équilibre financier du club sur la saison à venir. » avait répondu Ferry.

L’affaire est surtout révélatrice des fortes tensions entre logique sportive et logique économique dans le sport professionnel français. Elle pose à cet égard plusieurs questions passionnantes sur le futur développement de celui-ci.

1- Quel doit être le premier objectif d’un club professionnel : assurer sa viabilité économique ou obtenir les meilleurs résultats sportifs possibles ?

2- Logique économique et logique sportive sont-elles parfois irréconciliables ? Ou la solidité financière est-elle toujours la première étape vers une compétitivité sportive durable ?

3- Un président de club professionnel est-il un chef d’entreprise comme un autre ? Quelles doivent être les contraintes sportives à sa liberté d’entreprendre et de créer de nouveaux revenus ?

4- Comment arbitrer entre des choix économiques à court terme et à long terme ? Quel est par exemple l’impact du prêt d’un joueur important pendant deux matches sur les autres joueurs de l’équipe, la « marque » et l’identité de son club, les partenaires économiques, les spectateurs abonnés, les diffuseurs TV ?

5- Quelle est la position des collectivités territoriales sur ce sujet alors qu’elles financent abondamment les clubs de handball (environ 40% des recettes de la Division 1 sont des subventions publiques) ? Sont-elles prêtes à continuer à financer des clubs qui refuseraient des opportunités de nouvelles recettes privées ?

6- Et que pensent de cette situation la Ligue nationale de handball et la Fédération française de handball ?

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